Qu’est-ce que l’ego ? Comment se développe-t-il ? Quel est son impact sur nous ? Comment le gérer ? Voici quelques questions que nous allons aborder à partir d’une vision peu habituelle de l’ego pour pouvoir davantage être soi.
Un ego démesuré
Dans le langage courant nous identifions l’ego au comportement de quelqu’un qui serait centré sur lui-même, orgueilleux et avide de reconnaissance.
Cette première approche est très restrictive et nous amènerait à la conclusion que seul une partie d’entre nous serions concernés par la question de l’ego.
L’ego : un de nos logiciels de survie
En préparant un atelier sur l’ego, je suis tombé sur une des réflexions de Frédéric Lenoir.
Il voit l’ego comme un des logiciels de survie avec lesquels nous venons au monde :
- Un premier logiciel est notre instinct de survie, certains l’appellent le cerveau reptilien qui, en cas de danger ressenti, nous pousse à nous battre, à fuir ou à faire le mort.
- Un second logiciel de survie est mon intelligence consciente qui me permet d’analyser, de comprendre, de créer et de m’adapter.
- Un troisième est l’ego qui se constitue inconsciemment comme un masque, une armure, un château fort, une muraille autour de moi pour me protéger de ce que je perçois comme dangereux pour la satisfaction de mes besoins fondamentaux.
Le problème avec l’ego c’est que, à moins de l’identifier, je n’en ai pas conscience et qu’il m’est donc impossible de le gérer, car c’est lui qui prend les commandes. Je le confonds avec qui je suis. Ce faisant, je me coupe de mon identité profonde, ma part sacrée, spirituelle, celle qui est unique et irremplaçable.
D’où viens notre ego ?
Probablement que notre ego a des racines antérieures à notre existence, dans notre généalogie ou même l’histoire de notre peuple, notre culture…
L’ego se forme plus précisément dès notre conception et poursuit son développement principalement pendant notre enfance. Au cours de cette première période de la vie, l’être humain n’a pas la capacité de raisonner pour comprendre pourquoi il ne reçoit pas ce dont il a besoin et qu’il attend.
Pour éviter que ce manque ne le blesse trop profondément, l’enfant adopte des stratégies qui devraient lui permettre d’obtenir ce dont il a besoin ou au moins d’apaiser la souffrance due au manque. En ce sens, l’ego est utile : il protège l’enfant tant qu’il n’a pas l’intelligence nécessaire pour prendre de la distance par rapport à ce qui lui arrive.
Frédéric Lenoir distingue 3 besoins fondamentaux chez l’enfant :
- L’amour ;
- La sécurité ;
- La reconnaissance.

Chacun de ces besoins est l’origine d’une peur :
- La peur de ne pas être aimé, d’être rejeté, de ne pas faire partie du « clan » ;
- La peur de ce qui pourrait mettre ma vie en danger, la peur de la mort ;
- La peur de ne pas être reconnu, de ne pas « être assez », de décevoir.
Ces peurs poussent l’enfant à adopter diverses stratégies qui selon lui vont lui permettre de combler ses besoins ou au moins de minimiser sa souffrance due au manque.
Quelques exemples…
Une petite fille est l’ainée de sa famille. Toute petite, elle reçoit toute l’attention de ses parents jusqu’au jour où naissent ses frères jumeaux alors qu’elle n’a pas encore deux ans. Du jour au lendemain, elle ne reçoit plus qu’une fraction de l’attention dont elle bénéficiait avant l’arrivée des deux intrus. Elle n’est pas en mesure de comprendre que ce changement d’attitude de ses parents ne signifie en rien qu’elle est moins aimée. Par contre, elle observe que dès qu’un de ses petits frères pleure, maman et papa accourent. La petite adopte donc cette même stratégie pour combler son grand besoin d’amour. A chaque fois qu’elle pleure, cela fonctionne : ses parents accourent. Devenue grande, ses pleurs font place aux plaintes, elle adopte systématiquement une posture de victime pour recevoir de l’amour.
Le papa d’un petit garçon de 6 ans travaille tout le temps. L’enfant ressent un manque de reconnaissance de son père, il se sent ignoré. Il remarque que quand il ramène un bon bulletin de l’école, son papa est content et fier de lui. Son papa parle même de ses bons résultats à ses amis. Devenu grand, il veut toujours aller plus loin et être le meilleur.
La liste des stratégies que développent nos egos est longue. A chaque fois le mécanisme est le même : la stratégie nous permet de passer aux travers des difficultés de l’enfance pour devenir ensuite un masque, une armure, une muraille, un casque qui nous piègent dans un scénario du paraitre. L’ego masque et enferme notre être profond. Il nous sabote.
Une pâle copie
L’ego me pousse à adopter l’attitude, l’apparence, les pensées… d’autres qui me paraissent plus aimables que moi.
Quand je vis au niveau de l’ego, je suis au mieux une pâle copie d’un autre. C’est comme si je revêtais un vêtement qui n’est pas du tout à ma taille. Cet habit étriqué, j’ai tellement l’habitude de le porter que je ne m’en rends même plus compte. Pire ! Lorsque j’essaye de le retirer je me sens nu, fragile et en danger.
Des clients me disent régulièrement : « c’est ma personnalité, je suis comme cela ». Nous ne sommes pas nos attitudes, parfois elles sont l’expression de ce que je vis profondément, parfois elles sont ce masque de l’ego. Ce masque, je peux le retirer si j’ai conscience de le porter et que j’accueille la beauté de ce qu’il dissimule.

Ego et « Je suis »
Comment savoir si je vis au niveau de l’ego ou si je suis aligné avec mon être profond ?
Tant que je suis dans le « par-être », c.à.d. dans l’ego, je ne ressens pas de joie ni de sérénité. A ce niveau, les émotions sont de l’ordre du doute, de la tristesse, de la peur, de la frustration, de la colère, de la culpabilité, de la honte… L’ego n’empêche pas le plaisir, mais ne donne pas accès à la joie.
Lorsque je suis au niveau de l’être, même dans les difficultés, je peux ressentir de la joie, de l’harmonie, de la paix. Quand je suis aligné avec mon « Je suis », je vibre comme un instrument de musique bien accordé qui produit un son harmonieux.
Conscientiser mon ego
Pour identifier comment mon ego fonctionne, je vais visiter mon « château fort ». Au centre du château, il y a ce « je suis », mon identité profonde, ce qui me rend unique, cette source d’amour en moi. Les murailles de mon château fort ont été construites pour me protéger. Aujourd’hui, elles m’empêchent de m’épanouir.

Pour vous aider dans cette découverte, le schéma ci-dessus propose pour chacune des trois murailles de l’ego des questions. Elles vous permettront de conscientiser les mécanismes de protection que vous avez inconsciemment mis en place pour traverser les difficultés de votre enfance. N’hésitez pas à demander de l’aide à une personne qui vous connait bien et qui vous aime. Il est souvent plus facile pour nos proches de mettre en lumière ces mécanismes qu’ils subissent peut-être depuis longtemps sans vraiment oser vous en parler.
« Le principal travail spirituel aujourd’hui consiste à apprendre à ne plus être gouverné par son ego. »
Frédéric Lenoir
Le leadership de la joie ou de l’ego
Le leadership de l’ego, nous ne le connaissons que trop bien. Il est une des sources des maux de tous les temps. Il est puissant, violent et destructeur.
J’inspire par qui je suis, libéré de mon ego. C’est le leadership de la joie, guidé par la joie que je ressens quand je suis aligné, quand je suis dans l’être, que je lâche le paraître, quand je partage mes dons, mes compétences, mes intuitions … tout ce que j’ai à offrir au monde en étant moi-même, cet être unique et irremplaçable.
Ce travail sur l’ego est donc essentiel pour toute personne qui désire développer un leadership au service d’un monde meilleur.
Que votre journée soit belle,
Pierre
Pour aller plus loin :
- Un podcast qui partage des réflexions de Yung sur l’ego : « Pourquoi VOTRE ÉGO RUINE VOTRE VIE – Carl Jung » (22min)
- « Love & Lead », un parcours de 10 jours de formation au leadership et à la gestion d’équipe.
© Photos : Dennis Beck.



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