Ecouter, un voyage au cœur de l’autre

par | 23 Juin 2026 | Communication, Développement personnel, Dynamique humaine, Non-violence active | 0 commentaires

J’ai la conviction que la majorité des problèmes, des tensions et des conflits que nous vivons, que ce soit à notre petite échelle ou au niveau géopolitique trouvent en grande partie leurs causes dans un manque d’écoute.

Dans notre cursus, la plupart d’entre nous n’avons pas appris à écouter. Le plus anciens comme moi ont appris à se taire, les plus jeunes ont été davantage poussés à s’exprimer. Mais qu’en est-il de l’écoute ?

En coaching, l’écoute est l’outil principal. En 2014, au moment de changer de métier, je pensais avoir une bonne écoute. J’ai donc entamé ma formation de coach avec confiance. Dès les premières journées, j’ai pris conscience que mon écoute était très limitée. Dommage de découvrir cela à 49 ans… mais mieux vaut tard que jamais.

Au niveau du leadership aussi, l’écoute est une des compétences essentielles, trop souvent négligée.

Beaucoup de problèmes naissent de malentendus qui sont autant de « malécoutés » comme le dit si bien Thomas d’Ansembourg.

Dans cet article je vous propose une réflexion sur ce qu’est l’écoute et je vous partage un outil simple et puissant pour développer notre capacité d’écoute. Beaucoup de clients me disent combien cet outil a changé leur vie, tant au niveau familial, social que professionnel.

Ecouter, c’est quoi ?

Pour répondre à cette question, je vous invite à retrouver des situations où vous ne vous êtes pas senti écouté, et d’autres où, au contraire, vous vous êtes senti profondément écouté. Prenez le temps de vous rappeler ces deux types d’échanges et voyez comment ils font écho à ce qui suit.

Ce n’est pas…

Je ne mes sens pas écouté quand, dès que je dis quelque chose, l’autre me répond en me parlant de lui, de ses idées, de son vécu ou me donne des conseils ou exprime un jugement.

Pourtant, personnellement, c’est ce que j’avais l’habitude de faire. Lorsqu’un ami, mon conjoint, un de mes enfants ou un collègue me parlait de quelque chose, je lui donnais mon avis, je lui prodiguais un conseil ou lui parlais d’une situation similaire que j’avais moi-même vécue… Je parlais de moi. Je n’écoutais pas en profondeur. L’intention était bonne, je voulais aider. Mais l’autre ne se sentait pas écouté.

Cette façon d’écouter, c’est ce que Carl Rogers appelle l’écoute conversationnelle : écouter pour parler de soi. Ce que dit l’autre me fait penser à quelque chose. Dès lors, je coupe l’autre de peur de perdre mon idée et je parle de moi… Je n’écoute plus.

L’écoute active

Pour dépasser l’écoute conversationnelle, Carl Rogers propose d’adopter l’écoute active.

Ce type d’écoute est avant tout une qualité de présence à l’autre et à soi. Rogers dit qu’elle implique de respecter trois conditions :

  • L’empathie : se mettre à la place de l’autre. Le problème de l’écoute conversationnelle, c’est justement qu’elle n’est pas empathique. J’écoute sans me déplacer, j’écoute à partir de mon point de vue, de mon ressenti, de ma réalité, de mes valeurs…
  • La congruence : être aligné au niveau de ce que je vis, de ce que je comprends et de ce que je communique. Par exemple, si je ne me sens pas capable à un moment donné pour quelque raison que ce soit d’écouter l’autre, je ne fais pas semblant d’écouter, je le dis avec bienveillance en « je ».
  • L’acceptation inconditionnelle : personnellement je préfère le terme plus abordable pour moi de non-jugement.

Pas facile…

Trois outils

Dans mes formations, les trois outils principaux que je propose pour entrer dans l’écoute active sont :

  • La reformulation, à savoir, répéter ce que j’ai retenu de ce que l’autre a dit et lui demander si c’est bien ce qu’il a voulu dire. Décider de reformuler permet à mon cerveau de se concentrer sur ce que l’autre dit plutôt que de produire des idées ou des jugements.
  • Les questions ouvertes. Après avoir reformulé j’invite l’autre à poursuivre ce qu’il souhaite me dire. S’il a terminé, je lui pose des questions pour approfondir ma découverte de « son monde ».
  • Le silence. C’est l’autoroute vers les profondeurs. Laissez des silences au milieu de vos échanges, il permettent à chacun de se retrouver, d’ajuster sa présence, de laisser émerger ce qu’il a en lui.

Un double enjeu

L’enjeu de l’écoute active est double :

  • Que l’autre se sente écouté, rejoint, compris (lui seul, suite à ma reformulation, peut dire si je l’ai compris) ;
  • Que mon interprétation de ce que j’ai retenu de ce que l’autre a dit soit conforme à ce qu’il a voulu dire (une phrase un peu complexe où chaque mot a son importance).

Le plus grand piège de l’écoute est probablement notre désir de répondre, de réagir à ce qui m’est dit, de me justifier. Ce sont les fameux ping-pong dont il est question dans l’article « Les trois mécanismes qui bloquent nos relations ». Pour écouter en profondeur, je vais prendre le parti de ne pas répondre, de ne pas réagir, de ne pas me justifier. Je vais me limiter à « simplement » écouter en sachant qu’après avoir écouté vraiment, j’aurai l’occasion de m’exprimer.

Si je veux m’exprimer en écoutant, c’est un peu comme si je voulais aller en avant tout en reculant, cela ne fonctionne pas. Pour écouter : j’accueille ce que l’autre me dit et je pose des questions pour le rejoindre davantage encore dans ce qu’il vit.

Un déplacement

L’écoute active demande un déplacement pour pouvoir écouter sans juger.

Si je visite un pays et que je passe mon temps à le comparer au mien et à l’évaluer à partir de mon « chez moi », je suis incapable de découvrir ce qu’est ce pays, sa culture, sa réalité, sa beauté, ses enjeux… C’est pareil pour l’écoute : j’ai à quitter mon pays pour rejoindre celui de l’autre sans juger, ni évaluer, ni comparer.

Et alors, me direz-vous, si j’écoute activement, avec empathie, je ne peux plus donner mon avis ? Bien sûr que oui, mais après avoir écouté l’autre et après vous être assuré qu’il s’est bien senti compris et rejoint. Si c’est le cas, cet autre sera d’autant plus motivé et ouvert à rejoindre votre pays comme vous l’avez fait vous-même.

Les montagnes

Quand nous avons une conversation avec quelqu’un, c’est un peu comme si nous étions chacun sur une montagne, je dirais même chacun sur notre montagne.

Ma montagne est faite de mon vécu, mon histoire, mes peurs, mes blessures, mes forces et mes limites, mes valeurs, mes opinions, mes besoins, mes jugements sur l’autre, mes suppositions, mes préjugés… Bref, tout ce qui fait que je suis moi.
Quelle que soit la situation que je vis avec l’autre, ma montagne est là.

Quand il se passe quelque chose entre moi et l’autre, cette situation se retrouve entre nos deux montagnes et nous avons chacun un point de vue différent.

Ecoute conversationnelle

Ce point de vue, n’est pas seulement différent du seul fait de voir quelque chose d’un côté différent comme c’est le cas dans ce dessin où deux personnes regardent une forme dessinée au sol : pour l’un c’est un 9 et pour l’autre c’est un 6.

Plus qu’une différence de point de vue

Mon regard sur la situation est aussi coloré par ma montagne, c’est-à-dire par tout ce qu’il y a en moi. Du coup, j’ai tendance à comparer ce qu’il y a en moi avec ce que j’entends et à juger. Je puise dans ma montagne ce que je vais dire sur la situation.

Nous aimerions que : « ma vision + sa vision = la vraie réalité, la vérité ». Il suffirait alors que je me déplace vers le point de vue de l’autre et qu’il se déplace vers mon point de vue pour que la vérité vraie apparaisse comme une évidence. Non ! Ce n’est pas parce que nous allons nous parler que nous aurons la vérité.

Par contre, en me déplaçant, en quittant ma montagne, je peux découvrir par l’écoute active la montagne de l’autre. Il n’est plus question de vérité, mais de rejoindre l’autre. Souvent, je crois connaitre la montagne de l’autre. Dans ce cas, la difficulté est de savoir s’il s’agit de mes préjugés, de suppositions ou d’éléments que l’autre m’a partagé.

Personnellement, j’aime bien partir du principe que la montagne de l’autre est une terre inconnue, une terre sacrée à découvrir, avec curiosité, bienveillance et amour.

Ecoute active

Comment savoir sur quelle montagne je suis ?

Suffit-il de reformuler, de poser quelques questions et de garder le silence de temps en temps pour être sur la montagne de l’autre ?

Ce serait trop simple. La pratique d’un outil, aussi bon soit-il, ne suffit pas. Souvenez-vous des trois conditions de l’écoute active : empathie, congruence et acceptation inconditionnelle.

Je vous donne un truc : je sais que j’ai quitté ma montagne et que je suis celle de l’autre quand, en écoutant, je ne suis plus en train de juger, de comparer ou d’évaluer (c’est vrai, c’est pas vrai, c’est bien, c’est pas bien, c’est moins bien…). Écouter, c’est entrer dans le point de vue de l’autre, venir s’asseoir à côté de lui.

Quand je suis sur la montagne de l’autre je ressens de la curiosité, une envie de découvrir.

Quand j’écoute en restant sur ma montagne, je ressens le besoin de me défendre ou de me mettre en valeur ou de me justifier… Le ressenti est souvent désagréable.

Parfois ce n’est pas possible

Parfois, ce n’est pas possible pour moi de quitter ma montagne, je ne suis pas en mesure de rejoindre l’autre. La situation est trop difficile, mes jugements sont trop forts, ma souffrance trop présente… Les raisons possibles de ce blocage sont nombreuses. C’est OK. Le tout, c’est de pouvoir s’en rendre compte et de l’exprimer. Se forcer, serait une autre forme de violence, contre soi-même.

Conclusion

Pas facile d’écouter en profondeur.

L’enjeu est énorme : la paix en nous, dans nos familles, dans nos villes et villages, entre nos pays.

Je nous invite à investir sans relâche dans notre qualité d’écoute pour notre plus grand bonheur et celui de celles et ceux que nous côtoyons.

Que votre vie soit belle,

Pierre

PS : si vous voulez approfondir votre qualité d’écoute, nous avons créé eNOVA, un parcours en ligne à faire seul ou si possible à deux ou plus pour apprendre et intégrer comment vivre des relations ouvertes, authentiques et non-violentes. Vous trouverez toutes les infos en cliquant sur ce lien (80€ ttc au lieu de 95€ avec le code BDL).

Cet article vous a plu ?

Pour aller plus loin, abonnez-vous à notre newsletter «L’entreprise de Vie».

Vous recevrez tous les mois un courriel reprenant :

  • Le dernier article du mois ;
  • Un article plus ancien repris dans l’historique du blog ;
  • Des idées et des propositions concrètes pour développer votre leadership et rendre notre monde meilleur.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

L’auteur

Pierre de Lovinfosse

Pierre de Lovinfosse

Coaching individuel, de groupe et formations. Il s’est donné pour mission d’aider les dirigeants à mettre leur entreprise au service de l’humain : l’entreprise comme ressource pour l’humanité, plutôt que l’homme comme ressource pour l’entreprise. Il s’intéresse tout particulièrement à la problématique du leadership qui constitue son sujet principal de coaching et de formations. https://www.effatacoaching.com

Recherche

Catégories

Thématiques

SUIVEZ-NOUS

Pin It on Pinterest