La théorie U, une voie pour un changement en profondeur

par | 28 Mar 2023 | Changement collectif | 0 commentaires

Nous sommes régulièrement confrontés à la question du changement. Que ce soit au niveau personnel, au niveau de nos familles, de nos entreprises ou de la société au sens large, les défis se présentent nombreux à tous les étages. Comment les aborder ?

Simple, compliqué, complexe

Certains changements sont simples, les tenants et les aboutissants de ce que nous voulons changer sont bien connus de sorte que la décision est évidente.

D’autres changements sont compliqués. Ici aussi, les causes du problème, les objectifs du changement et les pistes possibles pour y arriver sont bien identifiés. Cependant, notre expérience et nos connaissances sont insuffisantes pour les aborder seul. Pour envisager un changement compliqué, nous avons besoin de l’aide d’experts dans les domaines concernés.

Enfin, il y a les changements complexes. Ceux pour lesquels les causes et les conséquences ne sont pas bien identifiées et encore moins la destination finale. A chaque fois que nous nous penchons sur le problème, nous soulevons de nouveaux pans du voile de sorte qu’au lieu de se simplifier, le problème ne fait que révéler davantage sa complexité. A chaque fois que nous pensons avoir trouvé une solution, une nouvelle question surgit. Le problème auquel s’adresse ce type de changement est systémique, il dépasse largement un territoire sur lequel nous pourrions avoir le contrôle. Ici, même les experts ne s’en sortent plus. Quelques exemples ? Un changement de vie : la personne sait ce qu’elle ne veut plus, mais ignore la plupart du temps ce à quoi elle souhaiterait aboutir, elle ressent l’appel à un ailleurs qu’elle n’a pas encore identifié. Le changement de gouvernance dans une grande entreprise, pour passer d’une structure hiérarchique à un fonctionnement participatif est également une transition complexe. Les défis environnementaux sont par excellence des problèmes complexes.

Personnellement, mes études d’ingénieur ne m’ont pas préparé à ce type de problèmes. En tant qu’ingénieur, à chaque fois que je fais fasse à un problème, j’essaye immédiatement de trouver une solution. Force est de constater que pour bon nombre de situations professionnelles ou privées, cette approche ne fonctionne pas. L’intelligence, les connaissances, les compétences aussi brillantes soient-elles, ont leurs limites. Devant les défis de notre temps, cela m’apparait comme une évidence.

Un changement véritable et donc profond nécessite de lâcher ce qui nous retient pour accueillir ce qui vient et que nous ne connaissons pas encore. Ce chemin, c’est celui que nous propose Otto Scharmer au travers de la Théorie U qu’il a développée et fait connaître.

A partir du passé ou du futur ?

La théorie U nous invite à apprendre du futur émergeant plutôt que du passé. Il s’agit de quitter notre façon habituelle de penser qui consiste à constater une situation problématique, ensuite à définir la situation souhaitée et enfin à établir le plan et la stratégie pour passer de l’une à l’autre.

Quand les problèmes sont trop complexes, il est illusoire de vouloir définir la situation souhaitée. Etant dans le problème, en faisant encore partie, nous ne sommes pas en mesure d’imaginer « la solution ».

Avec la Théorie U, quand nous nous mettons en chemin, nous avons conscience que quelque chose ne convient plus et est appelé à changer, mais nous ne connaissons pas encore la destination, celle-ci émergera petit à petit au cours du voyage. Il s’agira tout au long du chemin d’identifier les graines du futur, ce qui émerge, comme ces petites pousses qui apparaissent discrètement sous les feuilles d’automne au début du printemps.

La Théorie U

Créé par Friedrich Glasl et Dirk Lemson en 1968. Le modèle a ensuite été repris et popularisé par les travaux d’Otto Scharmer au MIT où il crée le « Presencing Lab » dont l’objectif est de diffuser la Théorie U.

Je n’ai pas la prétention dans cet article d’aller en profondeur dans la découverte de ce modèle, mais plutôt de vous donner envie d’explorer cette autre voie, vous qui sentez peut-être que les approches que nous avons apprises sur les bancs de nos écoles ne sont souvent plus adaptées à ce que nous vivons aujourd’hui.

Il y a beaucoup de façon d’aborder le U. Je vous propose de le faire en évoquant les trois mouvements du U.

3 mouvements

« Letting Go »… Le lâcher prise

La voie du U nous invite d’abord à une descente : une prise de conscience objective de la réalité accompagnée d’un lâcher prise.

Lorsque nous observons une situation particulière, ce que nous voyons est teinté par nos jugements, nos expériences passées, notre culture, nos valeurs, nos croyances, nos peurs et bien d’autres choses encore. Si je prends par exemple les défis climatiques et environnementaux actuels, quelqu’un qui aborde ce problème pourrait se dire : « de toute façon, l’homme s’en sort toujours », « ils exagèrent pour faire parler d’eux », « je ne peux rien y faire, tout dépend des politiques et donc à quoi bon en parler »… Toutes ces voix dans ma tête limitent ma capacité à observer et à intégrer ce qui se passe vraiment. Si je veux ouvrir mon esprit, ouvrir mon cœur et mes tripes, je vais devoir me libérer, lâcher prise.

Lâcher quoi ? Mes préjugés, mes idées, ma façon de me regarder moi-même, de voir les autres et d’aborder le monde, mes sécurités, ma zone de confort, mes critiques, mon imaginaire aussi … tout cela et bien d’autres choses qui me relient au passé, je suis invité à les lâcher. Il s’agit de déposer les différentes couches de protection que j’ai revêtues, mon égo, pour me reconnecter à l’être extraordinaire, unique et vulnérable que nous sommes chacune et chacun.

Avant de pouvoir accueillir ce qui vient, j’ai à avancer en eau profonde. Ce n’est pas rassurant. Cela peut faire peur d’aller voir ce qu’il y a au-delà de mes peurs. Et c’est indispensable pour pouvoir créer ce silence, ce vide, berceau d’un futur nouveau.

Dans la descente, ne vous pressez pas. Prenez le temps. Evitez que ce soit lui qui vous prenne pour reproduire encore une fois le passé. Un jugement en cache souvent un autre. Descendre… dans les profondeurs… et lâcher.

« Presencing »… Présence et ouverture

Ouverts à la réalité du présent et libérés de nos freins, de nos filtres, de nos lunettes teintées, c’est le temps de l’arrêt. Le silence. L’écoute. Otto Scharmer a créé le mot « Presencing » pour évoquer cet état : une association de « Presence » (être dans le présent) et « Sensing » (ressentir). C’est le temps du silence pour se connecter à notre être profond. Après avoir fait taire tous les bruits en moi, je peux me mettre à l’écoute de ce qui est au fond de moi. C’est un temps d’ouverture à mes ressentis, un temps de communion avec soi-même et avec les autres. Aucun objectif… être tout simplement. Accueillir ce qui est.

« Letting Come »… Accueillir, expérimenter et déployer

Pendant le temps d’arrêt du Presencing, notre esprit, notre cœur, nos tripes, tout notre être s’est ouvert pour accueillir ce qui émerge et que nous ne connaissions pas encore, le futur émergeant.

Sous les feuilles mortes du passé, des pousses nouvelles sont déjà là, discrètes, presque invisibles et pleines de vie. Notre état d’être nous permet maintenant de les reconnaitre. Ce futur que je cherche, j’en vois les prémisses. Je peux donc me remettre en chemin et remonter le U. De toutes ces pousses que je distingue maintenant, à l’écoute de mon intuition, j’en choisis quelques-unes. Je les fais grandir. Je les soutiens. C’est le temps des expériences. Certaines sont concluantes, d’autres ne donnent rien, d’autres encore m’ouvrent de nouvelles portes, des possibilités nouvelles que je peux explorer. Petit à petit, pas à pas, ce futur prend forme, il grandit et fait entrevoir des fruits nouveaux. C’est le temps du déploiement.

La voie du U transforme notre perception (la descente et le creux du U) pour transformer notre action (la remontée). Sans transformation de la perception nous risquons fort de reproduire toujours un peu plus la même chose et par conséquent de récolter toujours un peu plus les mêmes résultats que nous voulions tant éviter.

En résumé, pour sortir la tête de l’eau, nous sommes invités à plonger tout au fond, à quitter tout ce qui nous retient à la surface, pour arriver en ce lieu où nous cessons de faire pour accueillir l’être et y découvrir les forces de vie qui ne demandent qu’à émerger.

The Week

Ce qui précède vous parait peut-être théorique. Si vous voulez faire l’expérience du U sur un sujet d’actualité, je vous invite à vivre le parcours « The Week ». Ce programme a été créé par Frédérique Laloux (auteur de « Reinventing Organisations »), son épouse, Hélène Gerin et quelques autres. Ils nous proposent d’aborder les défis de notre planète en parcourant le U en une semaine. Concrètement, avec un groupe de maximum 8 personnes (famille, amis, collègues, voisins…) vous choisirez dans la semaine trois moments espacés d’au moins une journée pour visualiser ensemble une vidéo d’une heure et prendre ensuite un temps d’échanges d’une trentaine de minutes pour partager les ressentis de chacun suite à ce qui a été présenté dans la vidéo.

L’intention de Frédérique Laloux est de donner à chacun l’envie et l’énergie de relever les défis qui se présentent à nous aujourd’hui.

Ce parcours est gratuit. Vous trouverez toutes les infos sur www.theweek.ooo. Allez-y sans hésiter.

A bientôt pour d’autres partages,
Pierre


© Photos : GLady, Tim Pritchard

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L’auteur

Pierre de Lovinfosse

Pierre de Lovinfosse

Coaching individuel, de groupe et formations. Il s’est donné pour mission d’aider les dirigeants à mettre leur entreprise au service de l’humain : l’entreprise comme ressource pour l’humanité, plutôt que l’homme comme ressource pour l’entreprise. Il s’intéresse tout particulièrement à la problématique du leadership qui constitue son sujet principal de coaching et de formations. https://www.effatacoaching.com

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