Et si la réponse n’était pas dans plus d’analyses, mais dans une autre façon d’être au monde ?
Le monde s’accélère.
Crises, réorganisations, mutations technologiques, injonctions à “changer vite”… Dans ce tourbillon, beaucoup de dirigeants, managers et acteurs engagés cherchent la bonne stratégie, la meilleure méthode, le plan d’action qui redonnera du sens.
Et si la réponse n’était pas dans notre façon habituelle de chercher des solutions ?
Si la véritable réponse se trouvait ailleurs… dans une autre manière d’être au monde ?
Apprendre à devenir des rochers dans la rivière : des points d’ancrage lucides et paisibles au cœur de la complexité.
Non pas pour arrêter le courant — ce serait illusoire —, mais pour offrir stabilité, discernement et confiance quand tout s’accélère autour de nous.
C’est cette voie que j’explore ici. Elle relie plusieurs thèmes que j’ai déjà abordés dans mes articles précédents. Vous trouverez tous les liens vers ces réflexions à la fin dans la rubrique « Pour approfondir ».
Deux types de réactions face à l’incertitude
Autour de moi, je constate — non sans tristesse — deux tendances très répandues : la fuite en avant ou le repli.
Elles sont souvent activées, consciemment ou non, par nos peurs.
Ce n’est pas une surprise : des prospectivistes comme l’Institut Berkana ou des visionnaires comme Joanna Macy, créatrice du Travail qui relie (TQR), nous avaient déjà prévenus. J’ai d’ailleurs évoqué cette approche dans mes articles Comment faire pour participer à la guérison de notre monde et Choisir un monde qui soutient la vie.

L’Institut Berkana décrit la première réaction comme une fuite en avant.
Dans de nombreuses organisations, j’observe cette accélération vertigineuse : les responsables sont “overbookés”, enchaînent les projets et disent manquer de temps pour prendre du recul. Ils laissent de côté ce qu’ils avaient mis en place pour prendre soin des personnes, des relations, de la collaboration, de la gouvernance — autant d’éléments qu’ils jugeaient essentiels pour “l’entreprise de demain”.
Et pourtant, ils en avaient déjà mesuré les effets positifs : bien-être, motivation, cohésion, performance.
D’autres dirigeants, à l’inverse, vivent un repli.
Ils se sentent emportés par le courant, impuissants à poursuivre ce qui avait du sens pour eux, leurs collègues ou leur organisation.
Dans les deux cas, on observe une désensibilisation vis-à-vis des autres et de l’environnement, ainsi qu’une déconnexion du travail intérieur qu’ils avaient amorcé.
Ce phénomène dépasse le monde de l’entreprise : il se retrouve dans nos sociétés et nos vies personnelles.
Prendre conscience de nos réactions automatiques
Lorsque nous ne nous sentons pas en sécurité, notre cerveau reptilien prend le contrôle.
Chargé d’assurer notre survie, il agit beaucoup plus vite que notre néocortex, celui qui nous permet de réfléchir et de prendre du recul.
Ce “pilote automatique interne” n’a que trois réponses possibles : les 3 F — Fight (attaque), Flight (fuite) et Freeze (inhibition).
Elles se traduisent souvent par deux grands types de réactions :
- La contre-violence (Fight) : réagir, accélérer, “foncer” — autrement dit, la fuite en avant.
- La passivité ou la fuite (Flight/Freeze) : se retirer, se protéger, espérer que “cela passe” — autrement dit, le repli.
Notre cerveau croit nous protéger, mais souvent, il nous enferme dans des schémas qui renforcent les dynamiques destructrices plutôt que de les transformer.
J’ai exploré cette idée plus en détail dans Découvrir ma puissance en temps de crise.
Alors, que faire ?
Existe-t-il une autre voie ?
Cela peut sembler impossible… et pourtant, c’est justement dans les périodes les plus sombres que l’humanité a su inventer du nouveau.
“Des périodes difficiles, il y en a eu beaucoup par le passé. C’est justement quand le monde semble courir à sa perte qu’il est de notre responsabilité d’engendrer des êtres susceptibles de le sauver en y introduisant une nouveauté radicale.” Jean Birnbaum 1
Accélérer, se replier… ou garder son cap
Comme je l’ai développé dans Entrer dans l’impossible-possible ?, la peur est omniprésente dans le monde de l’entreprise, même si elle est rarement nommée.
Elle crée ce sentiment de perte de contrôle : sur la manière dont nos résultats seront jugés, sur les changements incessants, sur les incertitudes qui bouleversent nos repères.
Depuis l’enfance, on nous a appris à cacher notre peur — aux autres, mais aussi à nous-mêmes. Nous avons peur de notre peur.
Et pourtant, elle fait partie intégrante de notre condition humaine.
“Pour savoir si c’est un mur ou simplement un brouillard, il suffit de continuer… ne pas se soumettre à des ordres mentaux qui ne viennent pas de notre expérience propre.” Jean Bédart 2
Je ne peux pas me débarrasser de mes peurs.
Mais si j’ose les regarder en face, les nommer et les traverser, je cesse d’en être prisonnier.
Elles deviennent alors des messagères, me libérant des injonctions de mon cerveau reptilien, pour agir en conscience, à partir de mon néocortex et de mon cœur.
C’est ainsi que je peux entrer dans cet “impossible-possible”.
La peur ou l’amour au volant ?
Un premier pas consiste à reconnaître que ne pas agir à cause de la peur de l’incertitude, des conséquences ou de la peur de souffrir, c’est déjà souffrir — et souvent aggraver ce que nous redoutons.
Alors, pourquoi ne pas choisir de vivre, dès maintenant ?
Et se poser cette question simple, mais puissante :
👉 Que ferait l’amour ?

Cette simple question invite à changer de regard. Elle ouvre de nouvelles perspectives. Elle nous branche sur notre unicité et le meilleur de nous-même, là où résident des ressources précieuses et insoupçonnées !
“La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverse et de défi.” Martin Luther King
En guise de clôture
Dans le tumulte du monde, nous ne pouvons pas arrêter le courant.
Mais nous pouvons choisir de rester pleinement présents au cœur du courant.
Et c’est peut-être là que s’ouvre la véritable mutation.
J’explore plus en profondeur la spécificité de la mutation dans mon précédent article “La transition ne suffit plus : place à la mutation”.
Et vous, dans votre contexte — entreprise, association, service public, famille —
où et comment pourriez-vous être ce rocher dans la rivière, celui qui inspire stabilité, clarté et confiance autour de lui ?
Pour commencer cette exploration, je vous propose une question simple, mais transformatrice :
👉 Quelles qualités – quelles forces – avez-vous en abondance…
que le monde aurait besoin que vous honoriez et partagiez davantage ?
Les peuples premiers vous diraient probablement qu’elles sont « votre médecine » au service du vivant !
Voici un aspect concret du « rocher » que vous pouvez incarner dans votre environnement !
Benoît
POUR APPROFONDIR
Voici, dans l’ordre, mes différents articles cités au fil du texte
Comment faire pour participer à la guérison de notre monde
Choisir un monde qui soutient la vie
Découvrir ma puissance en temps de crise
Entrer dans l’impossible-possible ?
La transition ne suffit plus : place à la mutation
PHOTOS : Pixabay, Unsplash, Pexel
NOTES



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