Il y a peu, je suis retombé sur un texte du dalaï-lama sur la peur et l’amour. Il commence comme suit :

S’il y a de la peur, c’est qu’il n’y a pas d’amour.
Quelque chose vous tracasse ? Cherchez la peur.
Chaque fois qu’une émotion négative se présente à nous,
Il se cache derrière une peur.

Je ne sais pas quelle est votre réaction ? Pour ma part, dans un premier temps, j’ai été quelque peu surpris et interloqué. Derrière chaque émotion négative se cache une peur ??? Alors, je n’en suis régulièrement pas conscient !
La suite de l’enseignement du dalaï-lama m’a profondément rejoint.

Il n’y a que deux voies : la peur ou l’amour

En vérité, il n’y a que deux mots dans le langage de l’âme : la Peur et l’Amour.
La peur est l’énergie qui contracte, referme, attire, court, cache, entasse et blesse.
L’amour est l’énergie qui s’étend, s’ouvre, envoie, reste, révèle, partage et guérit.
La peur enveloppe nos corps dans les vêtements. L’amour nous permet de rester nu.
La peur s’accroche et se cramponne à tout ce que nous avons. L’amour donne tout ce que nous avons.
La peur retient. L’amour chérit.
La peur empoigne. L’amour lâche prise.
La peur laisse de la rancœur. L’amour soulage.
La peur attaque. L’amour répare.
Chaque pensée, parole ou action est fondée sur l’une ou l’autre émotion.
Tu n’as aucun choix à cet égard, car il n’y a pas d’autre choix.
Mais tu es libre de choisir entre les deux.

Nous sommes donc face à deux élans, deux émotions racines, mutuellement incompatibles.
Comme le froid est l’absence de chaleur et l’ombre, celle de lumière, la peur est l’absence de l’amour ! En présence de l’un, on ne peut pas expérimenter l’autre.

La peur ou l’amour au volant ?

Margaux Hammann témoigne de son expérience à ce sujet dans un TEDx qui complète très bien ce que dit le dalaï-lama (voir le lien ci-dessous). Elle a quitté une vie qui ne lui correspondait plus et est partie pour un long voyage. La question qu’on lui a le plus posée, avant, pendant, depuis son voyage est : « Mais, t’as pas eu peur ? » et cela l’a interpellé. Elle dit notamment :

Le monde entier est mort de trouille et ça ne choque personne !
À petite dose la peur est utile, elle a permis à la race humaine de survivre, mais aujourd’hui, elle nous empêche carrément de vivre ! […] Seulement 8 % de nos angoisses sont basées sur des menaces réelles. Toutes les autres sont basées sur nos projections mentales : la peur n’est pas dans la situation observée, mais dans l’esprit de celui qui l’observe. […] Ça m’alerte, vue la place toujours plus grande de la peur dans nos vies et nos sociétés. En revanche ce qui me rassure, c’est que j’ai compris combien l’être humain pouvait choisir son expérience, décider consciemment d’observer une même situation sous l’angle de la peur ou de l’amour. Comment fait-on ça ? C’est très simple, on se pose une question : que ferait l’Amour ?

La peur ou l’amour au volant ?

Cette question est géniale, fondamentale…
Margaux continue :

Vous verrez que là où la peur vous incite à la timidité, l’immobilisme, la lâcheté, la colère, l’égoïsme, la violence, la fuite, la condamnation, au jugement… à la guerre finalement ; votre cœur vous incitera toujours à la confiance, l’indulgence, la bienveillance, la compassion, au don, au parti pris de ne pas juger, au partage, à l’intimité, à la générosité, à l’ouverture, à la paix !
La voix de la peur ou la voix de l’amour ? Qui allons-nous choisir d’écouter ?
C’est important pour soi et pour le monde !
Le système de la peur ne sera pas démantelé en un jour, il a besoin de chacun de nous pour commencer à s’effriter : assumons d’être en décalage ! Dans un monde qui flippe et se contient, assumons d’aimer et d’oser nous lancer !

J’ai commencé à l’expérimenter et j’ai été bluffé par les changements que cela m’a apporté ! Mais je vous avoue que dans certains cas, elle ne m’a pas aidé. Parfois, je ne voyais pas concrètement ce que ferait l’amour.

Comme, par exemple, quand je suis frustré et nerveux parce que je suis loin d’avoir fini les points de ma To Do List que j’avais prévu aujourd’hui. Ou encore, je viens d’avoir la nouvelle qu’un de mes principaux clients a décidé d’arrêter la collaboration. Cela met en péril le futur de mon activité. Dans ces cas-là, la question « que ferait l’amour ? » me laisse sans réponse, elle me paraît abstraite et sans lien direct.

Il y a aussi le risque de confondre l’amour avec la gentillesse ou avec « ne pas créer de conflit ».
Voici un exemple qui m’a récemment touché en ce sens : un ami participait à une réunion où certains mobilisaient la parole avec des critiques et plaintes, prenant le pouvoir sur tout le groupe. Les autres se taisaient. Lui, de plus en plus tendu, était tenté de partir. Ces deux attitudes correspondent, dans le jargon non-violent, à la passivité pour les premiers et à la fuite pour lui. Ce sont deux formes de violence, comme je l’ai développé dans mon article Il existe une autre voie que mes réactions automatiques ! Mais au lieu de fuir, il a senti en lui un élan à prendre la parole pour remettre un cadre permettant à chacun·e de s’exprimer. Pour cela, il lui a fallu une certaine force. Du coup, il doutait de la valeur de son intervention : « ai-je fait la même chose qu’eux ? » Quand il m’a partagé ses doutes, je lui ai répondu : « Pas du tout, tu as utilisé cette force intérieure “pour faire passer la vie“ (c’est ce qu’on appelle la colère-pour) et non pas “contre ceux qui monopolisaient la parole“ (c’est-à-dire son opposé, la colère-contre). Tu étais donc bien dans la troisième voie, celle de la non-violence active, qu’on appelle aussi la Force de l’Amour. »

Si vous ne voyez pas en quoi c’est de l’amour, vous pouvez le découvrir en posant une des deux questions alternatives qui peuvent aider à répondre à « Que ferait l’amour ? ».

Que ferais-je dans ce cas précis, si je n’avais pas peur ?

Pour sortir de la peur, nous avons besoin de sécurité. Une autre question peut alors nous éclairer :

Que ferais-je dans ce cas précis pour me sentir plus en sécurité ?

La peur est une messagère

Comme je l’ai développé dans mon article « Apprivoiser mes dragons », la peur, comme toutes les émotions, est un indicateur sur notre tableau de bord intérieur… Ne lui laissons pas prendre le volant : gardons le volant dans les mains de l’amour ! Nous n’allons pas nous débarrasser de nos peurs, elles font partie intégrante de notre réalité humaine, mais si nous osons les traverser, nous ne serons plus possédés, ni pilotés par elles. Elles nous délivreront les messages qu’elles ont pour nous et nous laisseront libres d’agir…

Je prends ma peur par la main et lui dis « je t’aime ».

J’ai plein de peurs qui ne m’empêchent pas de vivre, mais me polluent

Pour vous aider à repérer ces peurs parasites, en voici quelques-unes, vécues et identifiées par un groupe que j’accompagne :

La peur de souffrir, la peur du temps et de l’énergie que ça va me demander, la peur du manque, la peur du futur, de la voie sans issue, la peur de la mort, la peur face à l’imprévisible, la peur de ne plus contrôler, la peur du regard des autres, de déplaire, de ne pas être reconnu, du jugement, de la trahison, la peur de l’injustice, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de me tromper, la peur de déranger, la peur du conflit, de mon agressivité et de celle de l’autre, la peur de me dévoiler, me révéler, la peur de me positionner, la peur de perdre… et il y en a bien d’autres !

Les citations en vert qui parsèment mon article sont des engagements concrets pris par chacun·e au terme du partage.

J’accueille ma peur pour débusquer là où j’ai quitté l’amour.

Une aide concrète dans la stratégie des petits pas

Dans notre monde actuel, nombreuses sont les situations où nous pouvons nous sentir débordés, impuissants, dans l’incertitude ou simplement sans vision claire de la destination. Les trois « questions-débloqueuses » que nous avons évoquées nous permettent de sortir de ces états, d’être libérés, pour nous engager et avancer dans notre réalité quotidienne…

J’accueille mes peurs pour restaurer mon courage d’être.

Chaque situation concrète, qui éveille en moi une peur ou une émotion inconfortable, est un signal sur mon tableau de bord. Je peux ME DEMANDER : que ferait l’Amour dans ce cas-ci ? Que ferais-je si je n’avais pas peur ? Pour installer plus de sécurité ?… ET AGIR, sans me laisser pirater par mes peurs qui se déguisent souvent. Comme je l’ai déjà évoqué dans mon article : Que faire avec ces petites voix qui parfois me découragent ?
Un pas à la fois, ce n’est pas spécialement difficile. Cela se révèle même plus facile qu’il n’y parait ! Je ne suis pas obligé de regarder tout le reste. Cette posture nourrira mon énergie. Elle fera de moi un·e grand·e vivant·e !

Avec la pratique, mon cœur grandit, c’est merveilleux.

Devenir des rochers dans la rivière

C’est le titre d’un autre de mes articles. Être des points d’ancrage lucides et paisibles au cœur de la complexité. Non pas pour arrêter le courant — ce serait illusoire —, mais pour offrir stabilité, discernement et confiance quand tout s’accélère et que la peur se renforce autour de nous.

Je prends ma peur dans mes bras, avec tendresse.
Je me laisse bercer avec elle dans les bras de l’Amour-Infini.

J’ai à cœur de terminer cet article par la réponse de Joanna Macy, créatrice du Travail Qui Relie (TQR), peu avant sa mort, à Rob Hopkins, fondateur des Villes en Transition, qui lui demandait : « As-tu un dernier message à nous laisser ? »

J’inviterais à prendre conscience de l’immense privilège que nous avons d’être en vie en ce moment, où nos vies peuvent compter. Où nous faisons des choix. Où, dans le danger et l’obscurité de notre époque, nous pouvons développer une réelle solidarité. Où la qualité de notre imagination et de notre vision peut avoir une importance capitale. C’est une époque merveilleuse et effrayante, traversée d’ombres et de lumières […] Ce moment est un maillon crucial d’une très longue histoire de notre Terre vivante…

S’il n’y avait pas de peur, que ferait notre société ? Dans quel monde vivrions-nous ?

Bon voyage, de la peur vers l’Amour !

Benoît Thiran

POUR APPROFONDIR

Et si on arrêtait d’avoir peur ? TEDx de Margaux Hammann

Il existe une autre voie que mes réactions automatiques !

Apprivoiser mes dragons

Que faire avec ces petites voix qui parfois me découragent ?

Le « Travail Qui Relie » (1/2) : comment faire pour participer à la guérison de notre monde

PHOTOS : Pixabay, Unsplash,

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L’auteur

Benoit Thiran

Benoit Thiran

Benoit Thiran, marié, père de 3 enfants, ingénieur commercial et de gestion, a derrière lui 37 années d’expérience professionnelle en gestion des relations et du changement, formation et coaching dans des secteurs très variés (multinationale, développement, non marchand, PME, projet BeLEAN à la SNCB). Il a une expérience particulière dans l’accompagnement des périodes de turbulences qui font partie du processus de transition pour aider les personnes et les groupes à découvrir le potentiel d’évolution qui s’y cache ! https://www.m-h-d.be/

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