L’autorité est devenue une question délicate dans de nombreuses entreprises, associations et aussi souvent dans les écoles et les familles.
Beaucoup de responsables ne veulent plus reproduire les modèles autoritaires d’autrefois. Ils souhaitent écouter, consulter, respecter les personnes et tenir compte de leurs besoins.
Mais, à force de vouloir éviter l’autoritarisme, certains n’osent plus recadrer, poser des limites ou intervenir lorsqu’une règle ou que le cadre ne sont pas respectés.
Alors, faut-il choisir entre être ferme et être compréhensif ?
J’ai commencé ce voyage dans le monde de l’autorité en posant les bases dans mon article précédent : Exercer l’autorité avec fermeté et respect. Continuons…
Un petit exercice révélateur
En formation, je demande souvent aux participants de noter, sur deux colonnes distinctes : 5 mots qui évoquent pour eux des attitudes autoritaires ou sévères et 5 mots qu’ils associent à des attitudes indulgentes ou permissives.
Je leur demande ensuite de placer un « + » devant les attitudes qu’ils considèrent comme positives et un « – » devant celles qu’ils perçoivent comme négatives.
Et une évidence apparaît rapidement.
Dans les attitudes « autoritaires », il y a du négatif… mais aussi du positif.
De même, dans les attitudes « permissives », il y a du positif… et du négatif.
Nous découvrons alors qu’il n’y a pas deux, mais quatre types d’autorité !
Quatre types d’autorité
1. L’autoritarisme : le pouvoir sur l’autre
L’autoritarisme, c’est la fermeté lorsqu’elle bascule dans un rapport de force.
On impose. On contrôle. On décide pour les autres.
Le cadre existe, mais la relation se ferme.
À court terme, cela peut fonctionner et même être très efficace. On obtient ce que l’on veut.
Mais à quel prix ?
Résistances, peurs, tensions, jeux de pouvoir… Cela invite à la soumission ou à l’affrontement ou encore aux départs.
La question devient moins « Comment réussir ensemble ? » que « Qui va gagner, qui va imposer son point de vue ? »
À la longue, l’autoritarisme installe une atmosphère de compétition et d’insécurité relationnelle qui tue la créativité, l’initiative et, pour la majorité, la motivation.
2. L’autorité : quand le cadre devient sécurisant
Exercer son autorité, ce n’est pas exercer un pouvoir sur les personnes. C’est d’abord faire respecter un cadre. C’est autoriser plus qu’interdire.
Une équipe, une entreprise, une association, une famille, une classe ne peuvent pas fonctionner durablement sans un cadre clair. Quels sont nos objectifs ? Quelles sont les règles du jeu ? Qu’attend-on de chacun ? Que faisons-nous lorsque quelqu’un ne respecte plus les engagements pris ?
L’autorité ne consiste pas seulement à définir des règles. Elle demande aussi de les faire vivre.
Lorsqu’une personne sort du cadre, on intervient. Pas pour exercer un pouvoir sur elle, mais pour préserver le bon fonctionnement du collectif.
La clarté, la cohérence et la fermeté ne sont pas les ennemies de la bienveillance.
Elles produisent ce dont n’importe quel être humain a besoin pour vivre : de la sécurité, de la sérénité et un sentiment de justice. C’est de la bienveillance !
L’autorité n’est pas nécessairement verticale. Elle peut aussi être collective… une responsabilité de tout un chacun là où il se trouve.
3. La compréhension : quand l’écoute devient une force
Une organisation ne fonctionne pas uniquement avec des règles, des procédures et des objectifs.
Elle fonctionne avec des êtres humains. Et chaque personne est différente. Derrière un comportement qui nous dérange, il y a parfois un vécu, une difficulté ou un besoin que nous ne connaissons pas encore.
Comprendre ne signifie pas être d’accord. Écouter ne signifie pas accepter ou donner raison.
La compréhension, c’est être capable d’accueillir ce que vit l’autre.
La compréhension, c’est créer une relation suffisamment ouverte pour permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même. J’ai introduit cet aspect essentiel de la relation dans mon premier article sur l’autorité et je l’ai approfondi dans trois autres articles.
Comprendre n’est pas céder.
L’empathie n’est pas une faiblesse. Elle demande parfois beaucoup de force intérieure : accueillir ce que vit l’autre sans se laisser emporter par son émotion. Car comprendre sa colère, sa frustration ou sa difficulté peut nous conduire à ne plus oser poser les limites nécessaires.
Je peux entendre ce que tu ressens et maintenir malgré tout le cadre.
L’empathie, ce n’est donc pas éviter la frustration de l’autre. C’est rester en relation avec lui sans renoncer à ce qui doit être respecté.
Une autorité qui ne respecte pas les personnes finit toujours par fragiliser le collectif.
4. Le laxisme : le pouvoir de l’autre
Le laxisme commence souvent par une bonne intention. On ne veut pas blesser. On veut éviter les conflits. On comprend la situation de l’autre… Alors on laisse passer. Puis on laisse encore passer. Et, peu à peu, le cadre devient flou.
Contrairement à ce qu’on imagine parfois, l’absence de limites ne produit pas nécessairement de la liberté. Elle peut produire de l’insécurité, un profond sentiment d’injustice ou de désintérêt (« Si tout le monde peut faire ce qu’il veut, alors moi je m’en fous »).
Lorsque personne ne tient le cadre, ce sont souvent les plus forts, les plus insistants ou les plus envahissants qui finissent par imposer leurs règles à tous.
En résumé :

Le véritable défi : être ferme sur le cadre ET respectueux des personnes
Voilà, pour moi, l’essentiel.
Le respect du cadre sans le respect des personnes risque de conduire à l’autoritarisme.
Le respect des personnes sans le respect du cadre risque de conduire au laxisme.
Le respect du cadre est la base d’un bon fonctionnement. Le respect des personnes génère de bonnes relations. Deux ingrédients indispensables à la réussite de nos entreprises.
Un management humain et durable doit apprendre à marcher avec ces deux pieds :
le respect du cadre et le respect des personnes.
Cette affirmation peut sembler simple. Mais elle transforme profondément notre manière d’exercer l’autorité.
Lorsqu’une personne ne respecte pas une règle ou un engagement, nous avons souvent deux réflexes. Soit nous imposons, soit nous laissons faire… Mais il existe une troisième voie.
Dire clairement : « Ce qui s’est passé ne correspond pas au cadre que nous avons défini. J’aimerais comprendre ce qui s’est passé… Nous devons aussi voir comment nous allons faire pour que le cadre soit respecté à l’avenir. » On écoute la personne. Mais on ne disparaît pas derrière son écoute. On tient le cadre. Mais on ne réduit pas la personne à son erreur ou manquement.
Comment faire revenir quelqu’un dans le jeu sans, moi-même, me mettre hors-jeu ?
C’est la question à se poser lorsque quelqu’un « sort du cadre ».
Je peux me mettre hors-jeu en devenant agressif, humiliant ou autoritaire.
Ou bien au contraire, en évitant le problème, en laissant faire ou en n’osant rien dire.
Le défi consiste à rester présent, clair et respectueux.
À savoir s’exprimer avec puissance et respect. C’est ce que l’on appelle souvent l’assertivité.
C’est probablement là que commence une autorité véritablement humaine. Dire clairement ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Exprimer ce que l’on attend. Écouter ce que vit l’autre. Ne pas entrer dans l’accusation ou le rapport de force. Chercher, ensemble, comment poursuivre la relation et le travail dans un cadre suffisamment clair pour que chacun puisse y trouver sa place et donner le meilleur de lui-même.
Toute collectivité possède en elle des ressources pour gérer ses problèmes
Le rôle de celui ou celle qui exerce l’autorité n’est donc pas nécessairement d’avoir toutes les réponses. Il peut consister à créer les conditions qui permettront au collectif de chercher et trouver ses bonnes réponses.
Pour cela, il faut d’une part, un cadre suffisamment clair pour que chacun puisse participer sans craindre l’arbitraire, et d’autre part, une relation suffisamment ouverte pour que chacun puisse dire ce qu’il vit et apporter sa part.
L’autorité devient alors moins une affaire de pouvoir qu’une capacité à faire grandir un collectif.
Et si le véritable défi était là ?

L’autorité juste ne consiste ni à imposer sa volonté ni à laisser chacun faire ce qu’il veut.
Elle consiste à tenir ensemble deux exigences que nous avons souvent appris à opposer :
- un cadre clair et une relation ouverte ;
- de la fermeté et de l’écoute ;
- la capacité de dire non et la capacité d’écouter ;
- le respect des règles et le respect des personnes.
Et si le véritable défi du management et de la gouvernance était là ?
Ne plus choisir entre l’autorité et la bienveillance…
mais apprendre à faire grandir les deux ensemble.
Dans le prochain article, nous poursuivrons ce voyage dans le monde de l’autorité en abordant la différence entre punition & sanction, le cadre relationnel et les règles du jeu.
Bonne lecture et à bientôt
Benoît Thiran
POUR APPROFONDIR
Le 1ᵉʳ article de ma série sur l’autorité : Exercer l’autorité avec fermeté et respect.
Les trois articles sur le « 1er pied de la relation », le respect des personnes :
- Tout part du regard : il enferme ou libère !
- Les trois mécanismes qui bloquent nos relations
- Transformer les murs qui nous séparent en ponts !
Un article sur : L’empathie peut changer le monde
PHOTOS : Pixabay, Unsplash



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