Discerner ou comment faire les bons choix

par | 30 Août 2023 | Décider | 0 commentaires

Que ce soit au bureau ou à la maison, nous sommes tous les jours amenés à faire des choix. Comment faites-vous ? Instinctivement ? Rationnellement ? Emotionnellement ? A pile ou face 😊 ? …

Dans cet article je vous invite à découvrir une approche inspirée par un certain Iñigo né au Pays basque en 1491.

L’entreprise de Jeanne

Jeanne (nom d’emprunt) dirige une entreprise d’une bonne centaine de personnes dans le sud de la Belgique. Je l’accompagne depuis plusieurs années en la rencontrant régulièrement pour l’aider à prendre de la hauteur, la questionner et la confronter.

Il y a quelques mois, elle me parle de son projet de fusion avec une entreprise un peu plus grande implantée à la frontière allemande. Le projet est ambitieux. L’entreprise de Jeanne connait une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années. Les équipes ont parfois du mal à s’adapter aux évolutions nécessaires. Le COVID est également passé par là générant bon nombre de défis que les équipes ont relevés avec brio.

La culture des deux entreprises est assez différente. Chez Jeanne, l’approche est participative inspirée par « Reinventing Organisations » de Frédéric Laloux. De l’autre côté, la gouvernance est tout à fait hiérarchique avec une réflexion assez limitée sur le sens et l’humain. Le Comité de direction de Jeanne est réticent : « n’avons-nous pas déjà assez de défis devant nous », « encore gérer cela en plus », « commençons par régler nos propres problèmes avant d’envisager une fusion… » … Les arguments contre ce rapprochement sont nombreux, émotionnels et rationnels. Jeanne de son côté ressent comme une énergie en elle pour y aller. Elle entend les arguments des uns des autres. Elle ressent les peurs… et en même temps, la fusion lui apparait comme une évidence.

L’histoire qui précède illustre ces choix difficiles que nous sommes appelés à faire, des décisions lourdes d’implications pour nous-mêmes et pour celles et ceux qui comptent pour nous.

Je pourrais également prendre un exemple beaucoup moins lourd de conséquences comme par exemple l’envie que j’ai après le dîner de regarder la suite de ma série préférée sur Netflix plutôt que de prolonger la soirée autour de la table en échangeant en famille.

Le discernement

Dans son livre, les « Exercices spirituels », Iñigo, mieux connu sous le nom d’Ignace de Loyola (1), propose une méthode pour faire des choix. Il appelle cela le discernement. Bien que l’approche qu’il propose est d’inspiration chrétienne, il me semble qu’elle a tout son sens et sa pertinence en dehors de ce contexte, dans la vie de tout un chacun et en particulier dans celle de nos entreprises.

Faire des choix

Les motions

Ignace parle de motions qu’il définit comme des mouvements intérieurs qui nous donnent de l’énergie, qui suscitent une envie et nous orientent vers quelque chose.

Si je reprends les deux exemples qui précèdent, la motion de Jeanne, c’est cette envie de réaliser cette fusion au-delà de toutes les difficultés dont elle n’est que trop consciente.

Dans le second exemple, la motion, c’est cet attrait pour ma série préférée.

Le but du discernement sera de distinguer les bonnes motions des mauvaises. Encore faut-il préciser ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Je propose de définir le bon comme ce qui donne vie, ce qui ouvre, ce qui libère, ce qui fait grandir, ce qui construit et unifie. Le mauvais serait donc ce qui éteins, ce qui enferme et renferme, ce qui réduit ou limite, détruit ou divise.

Ignace nous invite à d’abord prendre conscience de ces motions en nous et ensuite de les reconnaitre, comme lorsque nous sentons dans un premier temps une odeur pour ensuite reconnaitre qu’il s’agit par exemple du parfum d’une rose.

Quel sont ces élans en moi et quels sont leur goût ?

Pour nous aider dans ce discernement, Ignace liste plusieurs règles. Je vous en propose trois.

Le feu rouge intérieur 🛑

Nous avons en nous une boussole, celle de notre conscience. Face aux voies que nous envisageons, notre conscience peut être vue comme un feu au bord d’une route qui est tantôt vert, tantôt orange, tantôt rouge. Quand je pense à la décision que je veux prendre, au chemin que j’envisage de suivre, que me dit ma conscience ?

Si je prends l’exemple de la série Netflix, la voix de ma conscience est très claire : ce n’est pas le bon choix pour moi.

La paix 🙏

La seconde règle est celle de la paix intérieure. Quand la motion que j’analyse est la bonne, je suis en paix lorsque j’y pense. Les différents obstacles qui se présentent n’arrivent pas à me stresser, je reste dans cette paix. Si au contraire, le décision envisagée m’agite et me stresse, voire m’angoisse, il y a de fortes chances que ce ne soit pas un bon choix pour moi.

La joie 😊

La dernière règle que j’évoquerai avec vous est ce qu’Ignace appelle la consolation et la désolation. L’état de consolation, c’est la joie et l’enthousiasme. A chaque fois que j’envisage cette décision, je ressens de la joie, un élan positif, du bonheur.

Ignace invite à ne pas prendre de décision en cas de désolation, c.à.d. de doutes et d’inquiétudes.

3 balises pour faire de bons choix

La conscience, la paix et la joie, voilà trois balises pour des choix qui donnent vie.

Trop souvent nos décisions sont nourries soit par notre seule raison ou notre ego. Ignace nous invite à aligner nos choix avec notre être profond, à nous mettre à l’écoute de notre intériorité, à suivre la voix de la vie en nous.

Et vous, quels sont les choix qui se présentent à vous aujourd’hui ? Laissez Ignace vous aider.

Quelles motions ressentez-vous et reconnaissez-vous ?

Laquelle reçoit le feu vert de votre conscience, vous donne la paix et la joie ?

J’espère que les Jésuites qui liraient cet article m’excuseront d’avoir interprété et simplifié très librement les enseignements de leur fondateur pour permettre au plus grand nombre de s’en s’inspirer. A celles et ceux qui voudraient approfondir, vous trouverez sur le net de très nombreux articles et vidéos expliquant en détails le « discernement ignatien ».

Que votre journée soit belle,
Pierre

(1) Ignace de Loyola

Ignace était le 13ème enfant d’une famille de petite noblesse. A 15 ans il part à la cour du roi d’Aragon où il s’adonne selon ses propres dires « aux vanités du monde et principalement à l’exercice des armes ». A 30 ans, Il prend part à la défense de la ville de Pampelune en Navarre, assiégée par les troupes de François 1er. Alors que les Espagnols veulent se rendre, il les exhorte à se battre jusqu’au bout. Finalement, un boulet de canon brise sa jambe droite et blesse l’autre. Ramené au château, il y mène une très longue convalescence cloué au lit. Pour tuer le temps, il lit les seuls livres disponibles, à savoir des vies de saints. Dans ses rêves, il passe de la vie trépidante des chevaliers (1ère motion) à celle de ces saints dont il découvre le parcours (2ème motion). Finalement dans son cœur, les saints vaincront les chevaliers. Ignace deviendra une figure centrale de la foi chrétienne en fondant la Compagnie de Jésus (mieux connue sous le nom de l’ordre des Jésuites, celui dont est issu le pape François).

Pour aller plus loin

La problèmatique des choix et de la prise de décision vous intéresse, relisez les articles suivants:

Photos: Gerd Altmann, Micha

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L’auteur

Pierre de Lovinfosse

Pierre de Lovinfosse

Coaching individuel, de groupe et formations. Il s’est donné pour mission d’aider les dirigeants à mettre leur entreprise au service de l’humain : l’entreprise comme ressource pour l’humanité, plutôt que l’homme comme ressource pour l’entreprise. Il s’intéresse tout particulièrement à la problématique du leadership qui constitue son sujet principal de coaching et de formations. https://www.effatacoaching.com

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